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TEGANTAI No. 12
L’EXPLOITATION PETROLIERE ET LA CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE

L’activité pétrolière fait partie des industries qui sont en nette contradiction avec la conservation de la biodiversité.

Les forêts tropicales sont le nouveau terrain de prédilection de l’industrie pétrolière car, selon les propres déclarations de ce secteur, il est plus rentable d’exploiter dans des régions telles que le bassin amazonien et le Sud-Est asiatique.

Paradoxalement, ce sont les forêts tropicales qui présentent les plus hauts indices de biodiversité et d’endémisme et ce sont les pays les plus riches en diversité biologique qui doivent faire le plus d’efforts pour développer des politiques assurant sa conservation.

L’EXPLOITATION PETROLIERE ET LA CONVENTION SUR LA BIODIVERSITE

La Convention sur la biodiversité, approuvée à Rio de Janeiro en juin 1992, est le principal instrument de droit international visant la conservation de la diversité biologique.

Le premier objectif de la convention est la conservation de la diversité biologique (Art. 1). Une grande partie de la discussion fut centrée sur la création et le maintien de zones protégées visant à conserver des échantillons représentatifs de la biodiversité. Néanmoins, peu d’attention fut portée à l’impact qu’ont les activités d’extraction intensive de ressources naturelles, telle que l’industrie pétrolière, dans les zones riches en biodiversité. Les conséquences et l’ampleur de ces impacts seront décrits plus loin.

Un des plus importants principes consacrés dans cette convention est le principe de précaution (préambule) qui établi que le manque de preuves scientifiques indubitables n’est pas une raison valable pour ajourner les mesures visant à protéger la biodiversité de toute menace. Ce principe fourni aux gouvernements un instrument important permettant de réguler l’activité pétrolière dans les zones où l’exploitation est en cours et d’éviter son expansion là où elle n’est pas encore installée, et ce dans un but de conservation de la biodiversité.

Ce principe peut également servir de soutien aux revendications de la société civile, lui permettant par exemple de participer à l’évaluation des études d’impact environnemental des projets susceptibles de provoquer une perte de biodiversité. L’article 14.a) de la convention établi en effet que les pays membres peuvent exiger que soit réalisée une étude d’impact environnemental des projets pouvant avoir d’importants effets adverses sur la biodiversité et que la participation du secteur public à ce processus est permise.

La convention consacre l’entièreté de l’article 8. au thème de la conservation in-situ. Un élément important de cet article concerne la création et le maintien des zones protégées. Dans ce sens, il est important de rappeler que dans de nombreux pays tropicaux, des activités pétrolières sont effectuées dans de telles réserves.

L’article 8.f) établi que les pays réhabiliteront et restaureront les écosystèmes dégradés et favoriseront la récupération des espèces menacées. Afin de respecter cet article, des actions de restauration environnementale devront être entreprises sur de vastes étendues ayant fait l’objet de l’exploitation pétrolière. A titre d’exemples, nous pouvons citer les zones ayant été exploitées par Texaco en Amazonie équatorienne, par Occidental en Amazonie péruvienne, la raffinerie Shell à Curaçao, etc..

Une autre norme importante fait l’objet de l’Art. 8.j), qui appelle les pays à respecter, préserver et maintenir les connaissances, innovations et pratiques issues de peuples au mode de vie traditionnel en accord avec la conservation de la biodiversité. L’activité pétrolière empêche les communautés locales de poursuivre leurs pratiques traditionnelles car la présence d’une compagnie sur un territoire ancestral signifie un changement total de l’utilisation du territoire et des ressources naturelles ainsi que des relations sociales y existant. C’est pour cette raison que le peuple U’wa s’oppose à la pénétration de l’entreprise Occidental sur son territoire sacré.

L’Art. 3. demande aux pays membres d’assurer que les activités se réalisant sous leur juridiction ne portent pas préjudice à l’environnement d’autres pays. Deux implications de l’activité pétrolière se réfèrent à ce principe :

d’une part, lors de fuites de pétrole brut, celui-ci migre en empruntant les cours d’eau et traverse souvent les limites nationales,

d’autre part, la majeure partie des entreprises pétrolières opérant dans les tropiques proviennent d’autres pays et le pétrole produit est aussi utilisé sous d’autres latitudes.

Autrement dit, selon l’Art. 3. , les pays producteurs de pétrole ont le droit de réclamer lorsque leur biodiversité est menacée par les activités d’une entreprise pétrolière étrangère.

Bien que les pays signataires de la Convention sur la diversité biologique promirent de donner la priorité à la conservation de la biodiversité, en particulier les pays méga-divers, ce sont en réalité les activités économiques à court terme, telle que l’extraction pétrolière, qui sont privilégiées.



ZONES PROTEGEES, SIEGES D’ACTIVITES PETROLIERES

Costa Rica Réserve autochtone de Talamanca
Guatemala Réserve Maya (Perez Companc, CGC)
Laguna del Tigre (Basic Resources)
Mexique Réserve Pantanos de Centla (Pemex)
Laguna del Carmen (Pemex)
Pérou Tambopata – Tandamo (Mobil)
Bolivie Parc national Carrasco (Amoco)
Parc national Isidoro Sécure (Repsol)
Equateur Parc national Yasuni (Repsol, Pérez Companc, Elf, Petroecuador, Occidental)
Réserve faunistique Cuyabeno (City Ramrod, Petroecuador)
Réserve biologique Limoncocha (Occidental)
Parc national Sumaco-Galeras (Cayman, Triton)
Parc national Llanganates (Tripetrol)
Nicaragua Réserve Miskito
Panamá Parc national Dariem
Parc national Amistad (antérieurement Texaco)
Pakistan Parc national Kirthar (Premier, Shell)
Thaïlande Zones protégées Tung Yai et Karen (PTT)


SITES RAMSAR (convention sur les zones inondées)

Mexique Réserve Pantanos de Centla (Pemex)
Laguna del Carmen (Pemex)
Equateur Réserve faunistique Cuyabeno (City Ramrod, Petroecuador)
Guatemala Laguna del Tigre (Basic Resources)



RESERVES DE LA BIOSPHERE

Mexique Réserve Pantanos de Centla (Pemex)
Equateur Parc national Yasuni (Repsol, Pérez Companc, Elf, Petroecuador, Occidental)
Costa Rica Réserve de la Biosphère « La Amistad »
Guatemala Réserve de la Biosphère « Maya » (Ramrod)
Thaïlande Tung Yai (PTT)

 

ETUDES DE CAS

PARC NATIONAL KIRTHAR , PAKISTAN

Le parc national Kirthar est un des cinq parcs nationaux du Pakistan ; il est le premier à avoir été créé et est aussi le plus grand. Il est situé au centre d’un complexe de zones protégées de grande importance écologique. Il est en outre le domaine de peuples traditionnels dont la survie dépend des ressources du parc.

Ce parc national est sous la juridiction du gouvernement local de l’Etat de Sindh et ses droits sont protégés par « le règlement de la protection de la vie sauvage du Sindh ». Selon celui-ci, certaines activités ne sont pas autorisées à l’intérieur du parc, parmi lesquelles sont incluses la résidence, le pâturage, l’utilisation de la terre pour des activités telles que l’installation d’oléoducs et les opérations minières. Les seules activités permises dans ses limites sont celles liées à la conservation de la faune et de la flore, la récréation (dont l’éco-tourisme) et la recherche scientifique.

En 1996, le directeur général du département pétrolier octroya une concession située à l’intérieur du parc aux compagnies pétrolières Premier Oil, (UK) et Shell. Cette concession fut accordée sans consultation préalable ni autorisation du Département de vie sauvage de l’Etat de Sindh (SWD), l’autorité chargée de l’administration et de la prise de décisions relatives au parc. Le SWD s’oppose actuellement à cette concession.

La direction générale du département pétrolier demanda aux compagnies de réaliser une étude d’impact environnemental, comme condition préalable à l’octroi de la concession. Ce département pensait que si la compagnie Premier respectait les conditions formulées dans l’étude d’impact environnemental, alors l’exploitation pétrolière pouvait tranquillement avoir lieu dans le parc national.

Cette décision provoqua la réaction de divers secteurs du Pakistan, appartenant tant à l’Etat qu’à la société civile, en raison de l’importance écologique de ce parc et de la présence en son sein de populations traditionnelles. Ils estimèrent que même la réalisation d’une étude d’impact environnemental y est illégale puisqu’il est absurde de réaliser un tel travail si des activités pétrolières n’y sont pas prévues. Des défenseurs du projet argumentèrent que l’étude d’impact environnemental ne doit pas être considérée comme illégale puisqu’elle peut représenter une bonne opportunité d’approfondir les connaissances scientifiques liées au Parc; néanmoins, d’autres soutiennent que les études d’impact environnemental ne sont pas des études scientifiques en soi mais plutôt qu’elles poursuivent un but précis qui est de réaliser une œuvre industrielle dans les années à venir.

Dans le passé, ce parc fut déjà menacé par l’intention de construire une route le traversant mais ce projet fut heureusement abandonné grâce aux efforts de diverses organisations.

LE GAZODUC DE YADANA ET LES ZONES PROTEGEES DE THAILANDE

Le gazoduc de Yadana transporte le gaz depuis le champ d’exploitation de Yadana, en Birmanie, vers une centrale de génération d’énergie thaïlandaise. Son passage est marqué par une coupe de 20 à 80 mètres de large et de 26 kilomètres de long traversant la forêt occidentale thaïlandaise qui, conjointement avec les forêts birmanes situées de l’autre côté de la frontière, couvre une superficie d’environ 600.000 hectares.

Les forêts occidentales forment une des plus grandes zones protégées du Sud-Est asiatique, regroupant 14 réserves parmi lesquelles se trouve le sanctuaire de vie sauvage Thung Yai Naresuan-Huai Kaeng, déclaré Réserve de la Biosphère par l’UNESCO.

Le gazoduc traverse la forêt Thong Pha Phum, laquelle devrait être prochainement déclarée parc national par le gouvernement thaïlandais. Elle se situe, en outre, au centre d’autres zones protégées tels que le sanctuaire de vie sauvage de Thung Yai Naresuan et les parcs nationaux Kaho Laem et Sai Yok.

Les forêts occidentales sont l’habitat naturel de 120 espèces de mammifères terrestres, soit 45% de l’ensemble des mammifères de Thaïlande et 33% du total des espèces connues du Sud-Est asiatique continental.
Les espèces de mammifères en danger d’extinction dans ce pays sont au nombre de 45 (soit 53% du total des espèces de mammifères de Thaïlande) et au moins 15 d’entre elles font partie de cette catégorie à un niveau planétaire. Parmi celles-ci se trouvent le tigre, le léopard tacheté, le jaguar, la panthère, le buffle d’eau sauvage et l’éléphant. La forêt abrite 9 espèces de mammifères menacés dont le gibbon à pattes blanches, le tapir de Malaisie, l’éléphant et le tigre ; elle est aussi considérée comme l’écosystème le plus riche du Sud-Est asiatique quant à sa diversité en insectes.

En outre, le gazoduc traverse des régions forestières classées « zones de versant 1A » (ce qui correspond au plus haut taux de conservation nécessité par une zone de versant)

Les environs du gazoduc appartiennent donc à une région riche en diversité biologique, incluant 9 espèces menacées d’extinction ainsi que d’autres espèces rares comme la chauve-souris à nez de porc, etc. De futures recherches allongeraient certainement cette liste, déjà importante, d’espèces sauvages en danger.

Il existe un intérêt tout particulier lié à l’impact que le gazoduc pourrait avoir sur les collines calcaires avoisinantes, seule habitat connu sur Terre de la chauve-souris Kitti à nez de porc (Craseonycteris thonglongyai), le plus petit mammifère au monde, ne pesant que deux grammes. Cette chauve-souris endémique est classée comme protégée.



On pense que ces petits animaux sont confinés dans le Parc national Sai Yok et que leur aire d’alimentation se limite à un rayon de quelques kilomètres autour de leurs cavernes de prédilection. Ces chauves-souris minuscules sont d’autant plus fragiles qu’elles nécessitent une température constante et un certain taux d’humidité pour pouvoir dormir.

Le gazoduc traverse ces formations calcaires dans leur partie médiane. Etant l’unique habitat de cette chauve-souris, la perturbation de cet écosystème menace la viabilité de la population de ce mammifère.

Une route, dont le tracé est parallèle à celui de la tuyauterie, séparera la forêt en deux zones disjointes, altérant ainsi la migration des animaux sauvages. A long terme, ceci pourrait sévèrement menacer la survie de la vie sauvage.

LE PARC NATIONAL YASUNI

Le parc national Yasuni naquit de l’accord No. 332 du 26 juillet 1992. Dix ans plus tard, l’UNESCO le déclara patrimoine de la Biosphère.

Le parc Yasuni fait partie du refuge Napo du pléistocène, considéré par les biogéographes comme zone d’endémisme élevé. Cette région est importante, non seulement pour le nombre d’espèces qui s’y trouvent mais aussi parce qu’elle est un centre de formation de nouvelles espèces.

Dans cette zone, on a enregistré 500 espèces d’oiseaux dont l’aigle harpie, oiseau sacré du peuple Waorani et étant actuellement en danger d’extinction.

Les rivières Yasuni, Tiputini, Nashiño et Cononaco traversent le parc. Si l’on tient compte de la petite taille de leur bassin hydrographique, elles sont considérées comme le système aquatique le plus riche au monde en poissons d’eau douce.

Le parc Yasuni est en outre le domaine du peuple Waorani. Les Tagaeri et les Taromenanes, deux communautés appartenant à cette ethnie, rejettent tout contact avec le monde extérieur.

Depuis sa création, les accords ministériels Nos. 101 et 202 modifièrent les limites du parc national Yasuni afin que divers blocs pétroliers soient situés en dehors de ses frontières. Le parc reste néanmoins affecté partiellement ou totalement par cinq concessions pétrolières.

Le bloc 16 est opéré actuellement par Repsol.

Lors de la mise en place d’un oléoduc, la compagnie Maxus, à laquelle appartenait alors la concession, construisit une route de 150 kilomètres qui détruisit quelques 50 saloirs, sites d’importance vitale pour la faune sauvage et qui bloqua presque tous les cours d’eau qu’elle traversa en créant des mares d’eau stagnante. Cette route fut construite à l’aide de déchets provenant des opérations de forage. Depuis la mise en place de l’infrastructure pétrolière, de nombreuses fuites se sont produites à partir de l’oléoduc et des puits ainsi que lors du transport de produits chimiques sur la rivière Napo.

D’un point de vue social, la présence de la compagnie pétrolière a engendré de la division dans et entre les communautés et a provoqué la désarticulation sociale du peuple Waorani.

Le bloc 20 est prospecté par Petroecuador depuis le début des années 90. Cette compagnie étatique équatorienne a ouvert près de 190 kilomètres de lignes sismiques et creusé 5 puits d’exploration. La licitation internationale de ce bloc devrait avoir lieu prochainement

Ce bloc se trouve dans la forêt inondable, zone la plus fragile du parc et territoire de la communauté Waorani de Garzacocha.

Le bloc 31, opéré par la compagnie Pérez Companc, est entièrement situé au cœur du parc. L’entreprise argentine a déjà terminé la prospection sismique et débutera prochainement le forage d’exploration.

Le bloc 14 est aux mains d’Elf Aquitaine, qui ouvrit 2042 kilomètres de lignes sismiques, creusa 4 puits exploratoires et construisit une route le long de laquelle se sont déjà installés des colons. Au cours de ses opérations, elle déverse quotidiennement entre 400 et 500 barils d’eau de formation dans l’environnement avoisinant. Ses opérations affectent directement plusieurs communautés Waorani qui perdirent ainsi leur territoire de chasse.

Le bloc 15 affecte le Nord du parc.

La présence de ces entreprises pétrolières dans le parc Yasuni met son équilibre écologique en danger. Toutes ses rivières sont sujettes à différents niveaux de pollution, qu’elle soit due à la décharge routinière de polluants ou à des accidents se produisant durant les opérations pétrolières.

LE PARC NATIONAL ISIDORO SECURE

En 1994, l’entreprise Repsol acquit le droit d’exploiter le bloc Sécure pendant 30 ans. Celui-ci englobe une superficie de 1.337.210 hectares appartenant aux départements de Cochabamba et Beni.

Le bloc Sécure se superpose à diverses zones protégées et territoires autochtones :

a. Le territoire autochtone et parc national Isidoro Sécure

b. La forêt permanente de Los Chimanes

c. Le territoire autochtone multiethnique

d. Le territoire autochtone Chimán

Les activités de prospection sismique se réalisèrent principalement à l’intérieur des limites du territoire autochtone et parc national Isidoro Sécure (TIPNIS). Ce parc national, situé dans les provinces de Chapare (Cochabamba) et Moxos (Beni), fut créé le 22 novembre 1965 et couvre une superficie de 1.200.000 hectares. Le 24 septembre 1990, il fut déclaré territoire autochtone en reconnaissance des droits des peuples ancestraux qui y vivent.

Les objectifs poursuivis par la protection de cette zone sont :

- protéger les ressources naturelles situées à l’intérieur du parc

éviter la perte de biodiversité de la flore et de la faune

protéger les bassins hydrographiques et les cours d’eau

éviter la pollution de l’eau

empêcher l’avancée de la colonisation ou des activités humaines dépassant une limite prédéfinie.

En réalité, la présence de Repsol dans le TIPNIS a un impact négatif sur chacun de ces points, mais les opérations pétrolières sont une priorité nationale sur superposant aux intérêts environnementaux.

L’arrivée de Repsol dans les territoires autochtones généra l’opposition des habitants de la zone, qui se concrétisa par l’organisation, en juin 1995, de l’événement « Encuentro Extraordinario de Corregidores y Representantes del TIPNIS » (rencontre extraordinaire des maires et représentants du Tipnis). Cette assemblée refléta le rejet, par la population du parc, de l’exploration pétrolière réalisée par Repsol. Durant cette rencontre, il fut décidé de faire pression afin de paralyser les travaux de prospection sismique et de menacer d’intervenir directement contre les activités d’exploration.

Au cours de 1995 et 1996, la première phase de la prospection sismique du bloc Sécure fut réalisée et 20 brèches couvrant un total de 961 kilomètres furent ouvertes dans des zones agricoles et forestières.

Le positionnement des explosifs tous les 50 mètres le long des lignes sismiques causa de nombreux dégâts aux cultures (de coca, d’oranges et de café) et à l’infrastructure des communautés autochtones. Ces dégâts ne furent dédommagés que dans de rares cas.

Quant aux conséquences environnementales de la prospection sismique, on soulignera la destruction de zones forestières afin de construire des héliports, des zones de décharge et des campements mobiles.

Ces aires ne furent jamais reforestées à l’aide de plantules tel que le promettait l’étude d’impact environnemental ; le diamètre de coupe maximum des arbres ne fut pas non plus respecté. Cette importante déforestation ainsi que les explosions de dynamite sur de fortes pentes ou trop près des rivières engendrèrent de graves problèmes d’érosion (éboulements de terrains, ravinement, etc.). En outre, l’ouverture des tranchées dans les zones colonisées facilita l’accès de chasseurs furtifs à des zones antérieurement inaccessibles du parc. Dans quelques cas, les employés à la protection du parc confisquèrent des animaux que les travailleurs de la compagnie avaient capturés et gardaient comme animaux domestiques.

En septembre 1997, un campement fut construit dans les communautés paysannes de San Mateo et de Paracti, à quelques kilomètres seulement du parc national Carrasco et du TIPNIS, et ce à fin de commencer à creuser le premier puit d’exploration.

De grandes quantités d’eau devant être injectées dans la tige de forage avec des produits contre l’oxydation, des lubrifiants et des biocides, le lit d’une rivière fut modifié et un aqueduc d’un demi kilomètre ainsi qu’une route de 4 mètres de large menant au derrick furent construits, affectant plusieurs parcelles agricoles.

Durant la phase de forage, un cours d’eau irriguant des cultures de la région fut contaminé tandis qu’au niveau du campement, le sol compacté fut couvert de nombreuses nappes d’huile et d’autres polluants n’ayant subi aucun type de traitement.

Les boues de forage, l’eau de formation et d’autres matériaux extraits furent séparés et déversés dans des fosses. Ces bassins ouverts en plein air sont accessibles aux oiseaux et aux arthropodes ailés qui s’en approchent à la recherche d’aliments et d’eau.

En mars 1998, une grande quantité de pétrole brut se répandit dans la rivière Putintiri, affluent direct de la rivière Rio Espiritu Santo et qui, à cause de ses eaux tumultueuses et troubles, est la rivière idéale pour déverser les boues de forage sans nécessité de les traiter et sans que cela ne se remarque. Ce fait fut reconnu par les travailleurs de la compagnie qui furent sur le point de construire une tranchée d’écoulement allant directement des bassins du puit vers la rivière. Heureusement, la pression de la population locale parvint à paralyser cette action, ce qui obligea la compagnie à faire appel à une entreprise spécialisée dans le traitement des résidus.

En mars 1998, REPSOL déplaça son personnel et ses machines vers le village de Isinuta avec l’intention d’entrer directement dans le TIPNIS et d’y commencer ses opérations.

 

NOTRE PROPOSITION

La déclaration relative aux zones protégées, en tant que stratégie de conservation de la biodiversité, n’a pas toujours été bien vue par les communautés locales, surtout antérieurement, lorsque la présence de populations traditionnelles à l’intérieur de ces aires n’était pas permise.

Néanmoins, ces superficies ont étés créées et doivent répondre à leur objectif : la conservation de la biodiversité.

Ceci n’est possible que si l’on considère que l’équilibre d’une population dépend de la santé de l’intégralité de l’écosystème dans lequel elle vit, incluant les éléments abiotiques présent, tels que l’eau, le sol et l’air.

Or il est évident que l’activité pétrolière et la conservation de la biodiversité, selon l’approche décrite ci-dessus, sont deux activités antagoniques.

En outre, les zones protégées sont souvent le territoire de populations locales qui, grâce à leurs coutumes et à leur cosmogonie, ont su préserver l’équilibre écologique de ces zones.

Etant donné que plus de 160 pays du monde entier se sont compromis à conserver la diversité biologique en signant la Convention sur la biodiversité, il est de leur devoir de veiller à ce que cette convention soit appliquée.

Nous demandons donc, à tous les pays ayant ratifié la convention sur la biodiversité, de NE PAS EXPLOITER LE PETROLE DANS LES ZONES PROTEGEES.

En ce qui concerne les zones déjà touchées par cette activité, nous demandons la cessation des travaux ainsi que la réalisation d’un programme de restauration environnementale et le versement d’une indemnisation pour les dégâts causés.

Pour ce qui en est des zones en cours de licitation, nous en demandons la suspension.

Nous proposons donc que la frontière pétrolière ne s’étende pas aux zones protégées et que les politiques de conservation soient prioritaires sur les politiques économiques à court terme.



DECLARATION DU RESEAU OILWATCH SUR L’EXPLOITATION PETROLIERE DANS LES RESERVES DE LA BIOSPHERE

Le réseau de résistance aux activités pétrolières OILWATCH, au cours de l’Assemblée Générale des signataires de la Convention sur le patrimoine mondial réunie à Paris les 28 et 29 octobre 1999, fait la déclaration suivante :

En considérant que :

la convention sur le patrimoine mondial a déclaré « réserves de la Biosphère » certains espaces importants pour la préservation de la nature, afin qu’elles soient des centres de conservation in-situ de la biodiversité. Sont considérées, en particulier, les zones abritant des espèces en danger d’extinction, essentielles pour la sciences et pour la conservation.

ces réserves sont en outre des exemples représentatifs des processus biologiques et évolutifs se déroulant au sein des communautés floristiques et faunistiques.

les réserves de la biosphère revêtent une importance toute particulière dans les régions tropicales non seulement pour la biodiversité qu’elles renferment mais aussi parce qu’elles sont le domaine ancestral de peuples autochtones et de communautés locales,

un des objectifs de la déclaration sur les réserves de la biosphère est d’éviter que ne s’y produisent des dégâts irréversibles , dus en particulier à des projets mettant en danger leur intégrité,

il est prouvé que l’activité pétrolière interrompt le fonctionnement normal des écosystèmes et modifie leur structure, mettant ainsi la biodiversité en danger,

des activités pétrolières ont lieu dans de nombreuses réserves de la Biosphère dont: la réserve de la Biosphère Pantanos de Centla au Mexique, le parc national Yasuni en Equateur, La Amistad au Costa Rica, Maya au Guatémala et Tung Yai en Thailande



Nous demandons que :

les réserves de la Biosphère soient déclarées zones intangibles, interdites à l’activité pétrolière et que tout nouveau projet d’exploration pétrolière y soit immédiatement arrêté. L’intangibilité ne sera jamais à l’origine de conflits pour les populations vivant traditionnellement dans ces régions.

dans les réserves de la Biosphère déjà touchées, il soit initié un processus de retrait de l’infrastructure pétrolière comprenant les puits, les stations de pompage, les raffineries, les aires de service, les oléoducs, etc. Un processus de restauration devra être mis immédiatement en place et persistera jusqu’à la récupération totale des écosystèmes, la normalisation de leur fonctionnement et le recouvrement de leur structure d’origine,

la convention sur le patrimoine mondial et la convention sur la biodiversité doivent être harmonisées, en particulier en ce qui concerne les droits des peuples autochtones et des communautés locales auxquels se réfère l’article 8j de cette dernière convention,

ces actions devront être réalisées avec la participation d’observateurs internationaux indépendants et des communautés locales impliquées et bénéficieront de l’accompagnement direct de l ‘UNESCO.

Finalement, nous faisons appel à l’UNESCO pour qu’elle renforce les politiques de conservation des pays signataires de la convention sur le patrimoine mondial et que soit privilégiée la conservation face aux activités d’extraction intensive des ressources.

Paris, le 29 octobre 1999