L’activité pétrolière fait partie des industries qui sont en nette
contradiction avec la conservation de la biodiversité.
Les forêts tropicales sont le nouveau terrain de prédilection de l’industrie
pétrolière car, selon les propres déclarations de ce secteur, il est plus
rentable d’exploiter dans des régions telles que le bassin amazonien et le
Sud-Est asiatique.
Paradoxalement, ce sont les forêts tropicales qui présentent les plus hauts
indices de biodiversité et d’endémisme et ce sont les pays les plus riches
en diversité biologique qui doivent faire le plus d’efforts pour développer
des politiques assurant sa conservation.
L’EXPLOITATION PETROLIERE ET LA CONVENTION SUR LA BIODIVERSITE
La Convention sur la biodiversité, approuvée à Rio de Janeiro en juin 1992,
est le principal instrument de droit international visant la conservation de
la diversité biologique.
Le premier objectif de la convention est la conservation de la diversité
biologique (Art. 1). Une grande partie de la discussion fut centrée sur la
création et le maintien de zones protégées visant à conserver des
échantillons représentatifs de la biodiversité. Néanmoins, peu d’attention
fut portée à l’impact qu’ont les activités d’extraction intensive de
ressources naturelles, telle que l’industrie pétrolière, dans les zones
riches en biodiversité. Les conséquences et l’ampleur de ces impacts seront
décrits plus loin.
Un des plus importants principes consacrés dans cette convention est le
principe de précaution (préambule) qui établi que le manque de preuves
scientifiques indubitables n’est pas une raison valable pour ajourner les
mesures visant à protéger la biodiversité de toute menace. Ce principe
fourni aux gouvernements un instrument important permettant de réguler
l’activité pétrolière dans les zones où l’exploitation est en cours et
d’éviter son expansion là où elle n’est pas encore installée, et ce dans un
but de conservation de la biodiversité.
Ce principe peut également servir de soutien aux revendications de la
société civile, lui permettant par exemple de participer à l’évaluation des
études d’impact environnemental des projets susceptibles de provoquer une
perte de biodiversité. L’article 14.a) de la convention établi en effet que
les pays membres peuvent exiger que soit réalisée une étude d’impact
environnemental des projets pouvant avoir d’importants effets adverses sur
la biodiversité et que la participation du secteur public à ce processus est
permise.
La convention consacre l’entièreté de l’article 8. au thème de la
conservation in-situ. Un élément important de cet article concerne la
création et le maintien des zones protégées. Dans ce sens, il est important
de rappeler que dans de nombreux pays tropicaux, des activités pétrolières
sont effectuées dans de telles réserves.
L’article 8.f) établi que les pays réhabiliteront et restaureront les
écosystèmes dégradés et favoriseront la récupération des espèces menacées.
Afin de respecter cet article, des actions de restauration environnementale
devront être entreprises sur de vastes étendues ayant fait l’objet de
l’exploitation pétrolière. A titre d’exemples, nous pouvons citer les zones
ayant été exploitées par Texaco en Amazonie équatorienne, par Occidental en
Amazonie péruvienne, la raffinerie Shell à Curaçao, etc..
Une autre norme importante fait l’objet de l’Art. 8.j), qui appelle les pays
à respecter, préserver et maintenir les connaissances, innovations et
pratiques issues de peuples au mode de vie traditionnel en accord avec la
conservation de la biodiversité. L’activité pétrolière empêche les
communautés locales de poursuivre leurs pratiques traditionnelles car la
présence d’une compagnie sur un territoire ancestral signifie un changement
total de l’utilisation du territoire et des ressources naturelles ainsi que
des relations sociales y existant. C’est pour cette raison que le peuple
U’wa s’oppose à la pénétration de l’entreprise Occidental sur son territoire
sacré.
L’Art. 3. demande aux pays membres d’assurer que les activités se réalisant
sous leur juridiction ne portent pas préjudice à l’environnement d’autres
pays. Deux implications de l’activité pétrolière se réfèrent à ce principe :
d’une part, lors de fuites de pétrole brut, celui-ci migre en empruntant les
cours d’eau et traverse souvent les limites nationales,
d’autre part, la majeure partie des entreprises pétrolières opérant dans les
tropiques proviennent d’autres pays et le pétrole produit est aussi utilisé
sous d’autres latitudes.
Autrement dit, selon l’Art. 3. , les pays producteurs de pétrole ont le
droit de réclamer lorsque leur biodiversité est menacée par les activités
d’une entreprise pétrolière étrangère.
Bien que les pays signataires de la Convention sur la diversité biologique
promirent de donner la priorité à la conservation de la biodiversité, en
particulier les pays méga-divers, ce sont en réalité les activités
économiques à court terme, telle que l’extraction pétrolière, qui sont
privilégiées.
ZONES PROTEGEES, SIEGES D’ACTIVITES PETROLIERES
Costa Rica Réserve autochtone de Talamanca
Guatemala Réserve Maya (Perez Companc, CGC)
Laguna del Tigre (Basic Resources)
Mexique Réserve Pantanos de Centla (Pemex)
Laguna del Carmen (Pemex)
Pérou Tambopata – Tandamo (Mobil)
Bolivie Parc national Carrasco (Amoco)
Parc national Isidoro Sécure (Repsol)
Equateur Parc national Yasuni (Repsol, Pérez Companc, Elf, Petroecuador,
Occidental)
Réserve faunistique Cuyabeno (City Ramrod, Petroecuador)
Réserve biologique Limoncocha (Occidental)
Parc national Sumaco-Galeras (Cayman, Triton)
Parc national Llanganates (Tripetrol)
Nicaragua Réserve Miskito
Panamá Parc national Dariem
Parc national Amistad (antérieurement Texaco)
Pakistan Parc national Kirthar (Premier, Shell)
Thaïlande Zones protégées Tung Yai et Karen (PTT)
SITES RAMSAR (convention sur les zones inondées)
Mexique Réserve Pantanos de Centla (Pemex)
Laguna del Carmen (Pemex)
Equateur Réserve faunistique Cuyabeno (City Ramrod, Petroecuador)
Guatemala Laguna del Tigre (Basic Resources)
RESERVES DE LA BIOSPHERE
Mexique Réserve Pantanos de Centla (Pemex)
Equateur Parc national Yasuni (Repsol, Pérez Companc, Elf, Petroecuador,
Occidental)
Costa Rica Réserve de la Biosphère « La Amistad »
Guatemala Réserve de la Biosphère « Maya » (Ramrod)
Thaïlande Tung Yai (PTT)
ETUDES DE CAS
PARC NATIONAL KIRTHAR , PAKISTAN
Le parc national Kirthar est un des cinq parcs nationaux du Pakistan ; il
est le premier à avoir été créé et est aussi le plus grand. Il est situé au
centre d’un complexe de zones protégées de grande importance écologique. Il
est en outre le domaine de peuples traditionnels dont la survie dépend des
ressources du parc.
Ce parc national est sous la juridiction du gouvernement local de l’Etat de
Sindh et ses droits sont protégés par « le règlement de la protection de la
vie sauvage du Sindh ». Selon celui-ci, certaines activités ne sont pas
autorisées à l’intérieur du parc, parmi lesquelles sont incluses la
résidence, le pâturage, l’utilisation de la terre pour des activités telles
que l’installation d’oléoducs et les opérations minières. Les seules
activités permises dans ses limites sont celles liées à la conservation de
la faune et de la flore, la récréation (dont l’éco-tourisme) et la recherche
scientifique.
En 1996, le directeur général du département pétrolier octroya une
concession située à l’intérieur du parc aux compagnies pétrolières Premier
Oil, (UK) et Shell. Cette concession fut accordée sans consultation
préalable ni autorisation du Département de vie sauvage de l’Etat de Sindh
(SWD), l’autorité chargée de l’administration et de la prise de décisions
relatives au parc. Le SWD s’oppose actuellement à cette concession.
La direction générale du département pétrolier demanda aux compagnies de
réaliser une étude d’impact environnemental, comme condition préalable à
l’octroi de la concession. Ce département pensait que si la compagnie
Premier respectait les conditions formulées dans l’étude d’impact
environnemental, alors l’exploitation pétrolière pouvait tranquillement
avoir lieu dans le parc national.
Cette décision provoqua la réaction de divers secteurs du Pakistan,
appartenant tant à l’Etat qu’à la société civile, en raison de l’importance
écologique de ce parc et de la présence en son sein de populations
traditionnelles. Ils estimèrent que même la réalisation d’une étude d’impact
environnemental y est illégale puisqu’il est absurde de réaliser un tel
travail si des activités pétrolières n’y sont pas prévues. Des défenseurs du
projet argumentèrent que l’étude d’impact environnemental ne doit pas être
considérée comme illégale puisqu’elle peut représenter une bonne opportunité
d’approfondir les connaissances scientifiques liées au Parc; néanmoins,
d’autres soutiennent que les études d’impact environnemental ne sont pas des
études scientifiques en soi mais plutôt qu’elles poursuivent un but précis
qui est de réaliser une œuvre industrielle dans les années à venir.
Dans le passé, ce parc fut déjà menacé par l’intention de construire une
route le traversant mais ce projet fut heureusement abandonné grâce aux
efforts de diverses organisations.
LE GAZODUC DE YADANA ET LES ZONES PROTEGEES DE THAILANDE
Le gazoduc de Yadana transporte le gaz depuis le champ d’exploitation de
Yadana, en Birmanie, vers une centrale de génération d’énergie thaïlandaise.
Son passage est marqué par une coupe de 20 à 80 mètres de large et de 26
kilomètres de long traversant la forêt occidentale thaïlandaise qui,
conjointement avec les forêts birmanes situées de l’autre côté de la
frontière, couvre une superficie d’environ 600.000 hectares.
Les forêts occidentales forment une des plus grandes zones protégées du
Sud-Est asiatique, regroupant 14 réserves parmi lesquelles se trouve le
sanctuaire de vie sauvage Thung Yai Naresuan-Huai Kaeng, déclaré Réserve de
la Biosphère par l’UNESCO.
Le gazoduc traverse la forêt Thong Pha Phum, laquelle devrait être
prochainement déclarée parc national par le gouvernement thaïlandais. Elle
se situe, en outre, au centre d’autres zones protégées tels que le
sanctuaire de vie sauvage de Thung Yai Naresuan et les parcs nationaux Kaho
Laem et Sai Yok.
Les forêts occidentales sont l’habitat naturel de 120 espèces de mammifères
terrestres, soit 45% de l’ensemble des mammifères de Thaïlande et 33% du
total des espèces connues du Sud-Est asiatique continental.
Les espèces de mammifères en danger d’extinction dans ce pays sont au nombre
de 45 (soit 53% du total des espèces de mammifères de Thaïlande) et au moins
15 d’entre elles font partie de cette catégorie à un niveau planétaire.
Parmi celles-ci se trouvent le tigre, le léopard tacheté, le jaguar, la
panthère, le buffle d’eau sauvage et l’éléphant. La forêt abrite 9 espèces
de mammifères menacés dont le gibbon à pattes blanches, le tapir de
Malaisie, l’éléphant et le tigre ; elle est aussi considérée comme
l’écosystème le plus riche du Sud-Est asiatique quant à sa diversité en
insectes.
En outre, le gazoduc traverse des régions forestières classées « zones de
versant 1A » (ce qui correspond au plus haut taux de conservation nécessité
par une zone de versant)
Les environs du gazoduc appartiennent donc à une région riche en diversité
biologique, incluant 9 espèces menacées d’extinction ainsi que d’autres
espèces rares comme la chauve-souris à nez de porc, etc. De futures
recherches allongeraient certainement cette liste, déjà importante,
d’espèces sauvages en danger.
Il existe un intérêt tout particulier lié à l’impact que le gazoduc pourrait
avoir sur les collines calcaires avoisinantes, seule habitat connu sur Terre
de la chauve-souris Kitti à nez de porc (Craseonycteris thonglongyai), le
plus petit mammifère au monde, ne pesant que deux grammes. Cette
chauve-souris endémique est classée comme protégée.
On pense que ces petits animaux sont confinés dans le Parc national Sai Yok
et que leur aire d’alimentation se limite à un rayon de quelques kilomètres
autour de leurs cavernes de prédilection. Ces chauves-souris minuscules sont
d’autant plus fragiles qu’elles nécessitent une température constante et un
certain taux d’humidité pour pouvoir dormir.
Le gazoduc traverse ces formations calcaires dans leur partie médiane. Etant
l’unique habitat de cette chauve-souris, la perturbation de cet écosystème
menace la viabilité de la population de ce mammifère.
Une route, dont le tracé est parallèle à celui de la tuyauterie, séparera la
forêt en deux zones disjointes, altérant ainsi la migration des animaux
sauvages. A long terme, ceci pourrait sévèrement menacer la survie de la vie
sauvage.
LE PARC NATIONAL YASUNI
Le parc national Yasuni naquit de l’accord No. 332 du 26 juillet 1992. Dix
ans plus tard, l’UNESCO le déclara patrimoine de la Biosphère.
Le parc Yasuni fait partie du refuge Napo du pléistocène, considéré par les
biogéographes comme zone d’endémisme élevé. Cette région est importante, non
seulement pour le nombre d’espèces qui s’y trouvent mais aussi parce qu’elle
est un centre de formation de nouvelles espèces.
Dans cette zone, on a enregistré 500 espèces d’oiseaux dont l’aigle harpie,
oiseau sacré du peuple Waorani et étant actuellement en danger d’extinction.
Les rivières Yasuni, Tiputini, Nashiño et Cononaco traversent le parc. Si
l’on tient compte de la petite taille de leur bassin hydrographique, elles
sont considérées comme le système aquatique le plus riche au monde en
poissons d’eau douce.
Le parc Yasuni est en outre le domaine du peuple Waorani. Les Tagaeri et les
Taromenanes, deux communautés appartenant à cette ethnie, rejettent tout
contact avec le monde extérieur.
Depuis sa création, les accords ministériels Nos. 101 et 202 modifièrent les
limites du parc national Yasuni afin que divers blocs pétroliers soient
situés en dehors de ses frontières. Le parc reste néanmoins affecté
partiellement ou totalement par cinq concessions pétrolières.
Le bloc 16 est opéré actuellement par Repsol.
Lors de la mise en place d’un oléoduc, la compagnie Maxus, à laquelle
appartenait alors la concession, construisit une route de 150 kilomètres qui
détruisit quelques 50 saloirs, sites d’importance vitale pour la faune
sauvage et qui bloqua presque tous les cours d’eau qu’elle traversa en
créant des mares d’eau stagnante. Cette route fut construite à l’aide de
déchets provenant des opérations de forage. Depuis la mise en place de
l’infrastructure pétrolière, de nombreuses fuites se sont produites à partir
de l’oléoduc et des puits ainsi que lors du transport de produits chimiques
sur la rivière Napo.
D’un point de vue social, la présence de la compagnie pétrolière a engendré
de la division dans et entre les communautés et a provoqué la
désarticulation sociale du peuple Waorani.
Le bloc 20 est prospecté par Petroecuador depuis le début des années 90.
Cette compagnie étatique équatorienne a ouvert près de 190 kilomètres de
lignes sismiques et creusé 5 puits d’exploration. La licitation
internationale de ce bloc devrait avoir lieu prochainement
Ce bloc se trouve dans la forêt inondable, zone la plus fragile du parc et
territoire de la communauté Waorani de Garzacocha.
Le bloc 31, opéré par la compagnie Pérez Companc, est entièrement situé au
cœur du parc. L’entreprise argentine a déjà terminé la prospection sismique
et débutera prochainement le forage d’exploration.
Le bloc 14 est aux mains d’Elf Aquitaine, qui ouvrit 2042 kilomètres de
lignes sismiques, creusa 4 puits exploratoires et construisit une route le
long de laquelle se sont déjà installés des colons. Au cours de ses
opérations, elle déverse quotidiennement entre 400 et 500 barils d’eau de
formation dans l’environnement avoisinant. Ses opérations affectent
directement plusieurs communautés Waorani qui perdirent ainsi leur
territoire de chasse.
Le bloc 15 affecte le Nord du parc.
La présence de ces entreprises pétrolières dans le parc Yasuni met son
équilibre écologique en danger. Toutes ses rivières sont sujettes à
différents niveaux de pollution, qu’elle soit due à la décharge routinière
de polluants ou à des accidents se produisant durant les opérations
pétrolières.
LE PARC NATIONAL ISIDORO SECURE
En 1994, l’entreprise Repsol acquit le droit d’exploiter le bloc Sécure
pendant 30 ans. Celui-ci englobe une superficie de 1.337.210 hectares
appartenant aux départements de Cochabamba et Beni.
Le bloc Sécure se superpose à diverses zones protégées et territoires
autochtones :
a. Le territoire autochtone et parc national Isidoro Sécure
b. La forêt permanente de Los Chimanes
c. Le territoire autochtone multiethnique
d. Le territoire autochtone Chimán
Les activités de prospection sismique se réalisèrent principalement à
l’intérieur des limites du territoire autochtone et parc national Isidoro
Sécure (TIPNIS). Ce parc national, situé dans les provinces de Chapare
(Cochabamba) et Moxos (Beni), fut créé le 22 novembre 1965 et couvre une
superficie de 1.200.000 hectares. Le 24 septembre 1990, il fut déclaré
territoire autochtone en reconnaissance des droits des peuples ancestraux
qui y vivent.
Les objectifs poursuivis par la protection de cette zone sont :
- protéger les ressources naturelles situées à l’intérieur du parc
éviter la perte de biodiversité de la flore et de la faune
protéger les bassins hydrographiques et les cours d’eau
éviter la pollution de l’eau
empêcher l’avancée de la colonisation ou des activités humaines dépassant
une limite prédéfinie.
En réalité, la présence de Repsol dans le TIPNIS a un impact négatif sur
chacun de ces points, mais les opérations pétrolières sont une priorité
nationale sur superposant aux intérêts environnementaux.
L’arrivée de Repsol dans les territoires autochtones généra l’opposition des
habitants de la zone, qui se concrétisa par l’organisation, en juin 1995, de
l’événement « Encuentro Extraordinario de Corregidores y Representantes del
TIPNIS » (rencontre extraordinaire des maires et représentants du Tipnis).
Cette assemblée refléta le rejet, par la population du parc, de
l’exploration pétrolière réalisée par Repsol. Durant cette rencontre, il fut
décidé de faire pression afin de paralyser les travaux de prospection
sismique et de menacer d’intervenir directement contre les activités
d’exploration.
Au cours de 1995 et 1996, la première phase de la prospection sismique du
bloc Sécure fut réalisée et 20 brèches couvrant un total de 961 kilomètres
furent ouvertes dans des zones agricoles et forestières.
Le positionnement des explosifs tous les 50 mètres le long des lignes
sismiques causa de nombreux dégâts aux cultures (de coca, d’oranges et de
café) et à l’infrastructure des communautés autochtones. Ces dégâts ne
furent dédommagés que dans de rares cas.
Quant aux conséquences environnementales de la prospection sismique, on
soulignera la destruction de zones forestières afin de construire des
héliports, des zones de décharge et des campements mobiles.
Ces aires ne furent jamais reforestées à l’aide de plantules tel que le
promettait l’étude d’impact environnemental ; le diamètre de coupe maximum
des arbres ne fut pas non plus respecté. Cette importante déforestation
ainsi que les explosions de dynamite sur de fortes pentes ou trop près des
rivières engendrèrent de graves problèmes d’érosion (éboulements de
terrains, ravinement, etc.). En outre, l’ouverture des tranchées dans les
zones colonisées facilita l’accès de chasseurs furtifs à des zones
antérieurement inaccessibles du parc. Dans quelques cas, les employés à la
protection du parc confisquèrent des animaux que les travailleurs de la
compagnie avaient capturés et gardaient comme animaux domestiques.
En septembre 1997, un campement fut construit dans les communautés paysannes
de San Mateo et de Paracti, à quelques kilomètres seulement du parc national
Carrasco et du TIPNIS, et ce à fin de commencer à creuser le premier puit
d’exploration.
De grandes quantités d’eau devant être injectées dans la tige de forage avec
des produits contre l’oxydation, des lubrifiants et des biocides, le lit
d’une rivière fut modifié et un aqueduc d’un demi kilomètre ainsi qu’une
route de 4 mètres de large menant au derrick furent construits, affectant
plusieurs parcelles agricoles.
Durant la phase de forage, un cours d’eau irriguant des cultures de la
région fut contaminé tandis qu’au niveau du campement, le sol compacté fut
couvert de nombreuses nappes d’huile et d’autres polluants n’ayant subi
aucun type de traitement.
Les boues de forage, l’eau de formation et d’autres matériaux extraits
furent séparés et déversés dans des fosses. Ces bassins ouverts en plein air
sont accessibles aux oiseaux et aux arthropodes ailés qui s’en approchent à
la recherche d’aliments et d’eau.
En mars 1998, une grande quantité de pétrole brut se répandit dans la
rivière Putintiri, affluent direct de la rivière Rio Espiritu Santo et qui,
à cause de ses eaux tumultueuses et troubles, est la rivière idéale pour
déverser les boues de forage sans nécessité de les traiter et sans que cela
ne se remarque. Ce fait fut reconnu par les travailleurs de la compagnie qui
furent sur le point de construire une tranchée d’écoulement allant
directement des bassins du puit vers la rivière. Heureusement, la pression
de la population locale parvint à paralyser cette action, ce qui obligea la
compagnie à faire appel à une entreprise spécialisée dans le traitement des
résidus.
En mars 1998, REPSOL déplaça son personnel et ses machines vers le village
de Isinuta avec l’intention d’entrer directement dans le TIPNIS et d’y
commencer ses opérations.
NOTRE PROPOSITION
La déclaration relative aux zones protégées, en tant que stratégie de
conservation de la biodiversité, n’a pas toujours été bien vue par les
communautés locales, surtout antérieurement, lorsque la présence de
populations traditionnelles à l’intérieur de ces aires n’était pas permise.
Néanmoins, ces superficies ont étés créées et doivent répondre à leur
objectif : la conservation de la biodiversité.
Ceci n’est possible que si l’on considère que l’équilibre d’une population
dépend de la santé de l’intégralité de l’écosystème dans lequel elle vit,
incluant les éléments abiotiques présent, tels que l’eau, le sol et l’air.
Or il est évident que l’activité pétrolière et la conservation de la
biodiversité, selon l’approche décrite ci-dessus, sont deux activités
antagoniques.
En outre, les zones protégées sont souvent le territoire de populations
locales qui, grâce à leurs coutumes et à leur cosmogonie, ont su préserver
l’équilibre écologique de ces zones.
Etant donné que plus de 160 pays du monde entier se sont compromis à
conserver la diversité biologique en signant la Convention sur la
biodiversité, il est de leur devoir de veiller à ce que cette convention
soit appliquée.
Nous demandons donc, à tous les pays ayant ratifié la convention sur la
biodiversité, de NE PAS EXPLOITER LE PETROLE DANS LES ZONES PROTEGEES.
En ce qui concerne les zones déjà touchées par cette activité, nous
demandons la cessation des travaux ainsi que la réalisation d’un programme
de restauration environnementale et le versement d’une indemnisation pour
les dégâts causés.
Pour ce qui en est des zones en cours de licitation, nous en demandons la
suspension.
Nous proposons donc que la frontière pétrolière ne s’étende pas aux zones
protégées et que les politiques de conservation soient prioritaires sur les
politiques économiques à court terme.
DECLARATION DU RESEAU OILWATCH SUR L’EXPLOITATION PETROLIERE DANS LES
RESERVES DE LA BIOSPHERE
Le réseau de résistance aux activités pétrolières OILWATCH, au cours de
l’Assemblée Générale des signataires de la Convention sur le patrimoine
mondial réunie à Paris les 28 et 29 octobre 1999, fait la déclaration
suivante :
En considérant que :
la convention sur le patrimoine mondial a déclaré « réserves de la Biosphère
» certains espaces importants pour la préservation de la nature, afin
qu’elles soient des centres de conservation in-situ de la biodiversité. Sont
considérées, en particulier, les zones abritant des espèces en danger
d’extinction, essentielles pour la sciences et pour la conservation.
ces réserves sont en outre des exemples représentatifs des processus
biologiques et évolutifs se déroulant au sein des communautés floristiques
et faunistiques.
les réserves de la biosphère revêtent une importance toute particulière dans
les régions tropicales non seulement pour la biodiversité qu’elles
renferment mais aussi parce qu’elles sont le domaine ancestral de peuples
autochtones et de communautés locales,
un des objectifs de la déclaration sur les réserves de la biosphère est
d’éviter que ne s’y produisent des dégâts irréversibles , dus en particulier
à des projets mettant en danger leur intégrité,
il est prouvé que l’activité pétrolière interrompt le fonctionnement normal
des écosystèmes et modifie leur structure, mettant ainsi la biodiversité en
danger,
des activités pétrolières ont lieu dans de nombreuses réserves de la
Biosphère dont: la réserve de la Biosphère Pantanos de Centla au Mexique, le
parc national Yasuni en Equateur, La Amistad au Costa Rica, Maya au
Guatémala et Tung Yai en Thailande
Nous demandons que :
les réserves de la Biosphère soient déclarées zones intangibles, interdites
à l’activité pétrolière et que tout nouveau projet d’exploration pétrolière
y soit immédiatement arrêté. L’intangibilité ne sera jamais à l’origine de
conflits pour les populations vivant traditionnellement dans ces régions.
dans les réserves de la Biosphère déjà touchées, il soit initié un processus
de retrait de l’infrastructure pétrolière comprenant les puits, les stations
de pompage, les raffineries, les aires de service, les oléoducs, etc. Un
processus de restauration devra être mis immédiatement en place et
persistera jusqu’à la récupération totale des écosystèmes, la normalisation
de leur fonctionnement et le recouvrement de leur structure d’origine,
la convention sur le patrimoine mondial et la convention sur la biodiversité
doivent être harmonisées, en particulier en ce qui concerne les droits des
peuples autochtones et des communautés locales auxquels se réfère l’article
8j de cette dernière convention,
ces actions devront être réalisées avec la participation d’observateurs
internationaux indépendants et des communautés locales impliquées et
bénéficieront de l’accompagnement direct de l ‘UNESCO.
Finalement, nous faisons appel à l’UNESCO pour qu’elle renforce les
politiques de conservation des pays signataires de la convention sur le
patrimoine mondial et que soit privilégiée la conservation face aux
activités d’extraction intensive des ressources.
Paris, le 29 octobre 1999
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